Le Club reçoit Antoine AUDOUARD
Interview du 03/10/2000


© Opale

Au XIIème siècle, le plus célèbre universitaire de son époque, et une jeune fille très érudite, fusionnent dans un amour fou. Antoine Audouard a découvert les lettres passionnées échangées par Abélard et Héloïse. Voici le roman, étrangement moderne, de la passion, d'êtres humains, forcément humains...

"Il y a chez mes personnages la recherche de l'amour terrestre et de l'amour divin, la part de boue, et la poussière d'étoile."

Bibliographie
Biographie  

Le Club : Cet amour unique d'Abélard et d'Héloïse, vous en avez confié le récit à Guillaume d'Oxford, pouvez-vous nous présenter ce personnage ?

Antoine Audouard : Je ne pouvais pas raconter cette histoire tout seul. J'ai donc inventé ce jeune étudiant anglais qui vient à Paris, et qui, dans la même journée, rencontre le plus grand maître philosophe de son temps, Abélard, et une jeune fille qui l'éblouit, Héloïse. Il sera l'artisan de leur amour, deviendra l'ombre de leur ombre, et devra se résigner au fait qu'elle ne l'aimera jamais. Cependant, il n'existera que par eux, et son dernier acte, dans sa vie, sera d'écrire leur histoire.

Le Club : Qu'est-ce qui rapproche Abélard et Guillaume ?

Antoine Audouard : La force intellectuelle d'Abélard fascine Guillaume, Abélard est touché par l'intelligence du cour de son disciple.

Le Club : Vous ne ménagez guère vos personnages dont vous décrivez la dualité. Ainsi, d'Abélard le savant vous n'hésitez pas à écrire: "ridicule, magnifique, courageux, lâche, insupportable, généreux, bête à pleurer etc." Et d'Héloïse, religieuse humble et soumise, vous faites une femme révoltée qui dissimule aux yeux du monde sa passion dévorante, celle d'être, nous vous citons: "la putain d'Abélard".

Antoine Audouard : Il y a chez mes personnages la recherche de l'amour terrestre et de l'amour divin, la part de boue, et la poussière d'étoile. Le Bien et le Mal sont indissolubles, je crois que c'est un thème actuel, et que l'ignorance du Mal est une faute. Je ne pense pas avoir écrit un roman chrétien. Au Moyen Age, le Christianisme est omniprésent. C'est un fait. Et c'est une réponse toujours possible. L'irréligion, alors, est inimaginable. C'est dans ce cadre que se déroule mon histoire, le bien qui stimule, et le mal qui ronge coexistent de tous temps.

Le Club : Vos autres personnages ne sont pas ce qu'on appelle des personnages secondaires ?

Antoine Audouard :
Ils représentent ce Moyen Age, cette humanité capable du sublime et de l'horreur. Voyez le peintre, Chrétien, et le sculpteur Gislebert qui ornent des églises et sculptent des cathédrales, mais aussi ces châtreurs de porcs qui vont émasculer ce malheureux Abélard, et qui, heureusement, n'auront pas le temps d'infliger le même sort à Guillaume!

Le Club : Guillaume dit des amants persécutés: "j'ai foi en leur amour", qu'est-ce à dire ?

Antoine Audouard :
L'Amour, c'est la force qui fait que tout se tient, sinon, je tombe. Cela dit, je n'évacue pas le reste. Cette force se vit en création et en délire érotique. Mais il y a la Foi d'abord, celle qui finira par convaincre Saint Bernard, fanatique dénonciateur d'Abélard, qui s'inclinera devant cet amour. Et cet amour, j'ai voulu le décrire comme unique, à travers trois destins et trois voix qui se répondent.

Le Club : "Adieu, mon Unique", c'est ainsi qu' Héloïse signe ses lettres, pourquoi en avoir confié les mots à Abélard mourant dans les bras de Guillaume ?

Antoine Audouard :
Mystère et transmission amoureuse de pensée...

Le Club : Roman d'amour ou roman de l'Amour?

Antoine Audouard :
A notre époque, on écrit davantage des histoires de haines. Et moi, quand je dis "j'aime", je commets une indécence majeure...

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