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Le Club
: Cet amour unique d'Abélard et d'Héloïse, vous en avez confié le
récit à Guillaume d'Oxford, pouvez-vous nous présenter ce personnage
?
Antoine Audouard : Je ne pouvais pas raconter
cette histoire tout seul. J'ai donc inventé ce jeune étudiant anglais
qui vient à Paris, et qui, dans la même journée, rencontre le plus
grand maître philosophe de son temps, Abélard, et une jeune fille
qui l'éblouit, Héloïse. Il sera l'artisan de leur amour, deviendra
l'ombre de leur ombre, et devra se résigner au fait qu'elle ne l'aimera
jamais. Cependant, il n'existera que par eux, et son dernier acte,
dans sa vie, sera d'écrire leur histoire.
Le Club : Qu'est-ce qui rapproche
Abélard et Guillaume ?
Antoine Audouard : La force intellectuelle d'Abélard
fascine Guillaume, Abélard est touché par l'intelligence du cour
de son disciple.
Le Club : Vous ne ménagez guère vos
personnages dont vous décrivez la dualité. Ainsi, d'Abélard le savant
vous n'hésitez pas à écrire: "ridicule, magnifique, courageux, lâche,
insupportable, généreux, bête à pleurer etc." Et d'Héloïse, religieuse
humble et soumise, vous faites une femme révoltée qui dissimule
aux yeux du monde sa passion dévorante, celle d'être, nous vous
citons: "la putain d'Abélard".
Antoine Audouard : Il y a chez mes personnages la
recherche de l'amour terrestre et de l'amour divin, la part de boue,
et la poussière d'étoile. Le Bien et le Mal sont indissolubles,
je crois que c'est un thème actuel, et que l'ignorance du Mal est
une faute. Je ne pense pas avoir écrit un roman chrétien. Au Moyen
Age, le Christianisme est omniprésent. C'est un fait. Et c'est une
réponse toujours possible. L'irréligion, alors, est inimaginable.
C'est dans ce cadre que se déroule mon histoire, le bien qui stimule,
et le mal qui ronge coexistent de tous temps.
Le Club : Vos autres personnages
ne sont pas ce qu'on appelle des personnages secondaires ?
Antoine Audouard : Ils représentent ce Moyen Age, cette
humanité capable du sublime et de l'horreur. Voyez le peintre, Chrétien,
et le sculpteur Gislebert qui ornent des églises et sculptent des
cathédrales, mais aussi ces châtreurs de porcs qui vont émasculer
ce malheureux Abélard, et qui, heureusement, n'auront pas le temps
d'infliger le même sort à Guillaume!
Le Club : Guillaume dit des amants
persécutés: "j'ai foi en leur amour", qu'est-ce à dire ?
Antoine Audouard : L'Amour, c'est la force qui fait que
tout se tient, sinon, je tombe. Cela dit, je n'évacue pas le reste.
Cette force se vit en création et en délire érotique. Mais il y
a la Foi d'abord, celle qui finira par convaincre Saint Bernard,
fanatique dénonciateur d'Abélard, qui s'inclinera devant cet amour.
Et cet amour, j'ai voulu le décrire comme unique, à travers trois
destins et trois voix qui se répondent.
Le Club : "Adieu, mon Unique", c'est
ainsi qu' Héloïse signe ses lettres, pourquoi en avoir confié les
mots à Abélard mourant dans les bras de Guillaume ?
Antoine Audouard : Mystère et transmission amoureuse de
pensée...
Le Club : Roman d'amour ou roman
de l'Amour?
Antoine Audouard : A notre époque, on écrit davantage des histoires
de haines. Et moi, quand je dis "j'aime", je commets une indécence
majeure...
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