Le Club reçoit Henri TROYAT
Interview du 26/03/2000


© Opale

  De la république des lettres, dont il est l'infatigable hussard, Henri Troyat est sans doute le plus fécond. Douze heures de travail quotidien et presque un best-seller par an depuis 1935. A l'occasion, de la parution de La ballerine de Saint Petersbourg, nous avons rencontré le plus russe des écrivains français.

"J'ai pu me forger une sorte de Russie intérieure dans laquelle j'aime à me promener de temps à autre...

Bibliographie
Biographie  

Le Club : Comment vous est venue l'idée de votre dernier roman La ballerine de Saint-Petersbourg?

Henri Troyat : Il y avait longtemps que j'avais envie d'illustrer cette sorte de rencontre intellectuelle et artistique entre le France et la Russie, en fait plusieurs raisons se sont enchevêtrées. J'avais lu beaucoup de documents sur un maître de ballet français, Marius Petitpa qui, parti de Marseille à la fin du 19ème siècle, avait fondé la danse classique en Russie et avait contribué là-bas à l'effort de la danse. Cela m'avait frappé. J'étais d'autre part intéressé par l'idée d'écrire la vie de cet homme. Aussi il me semblait plus approprié que cette biographie prenne vie d'une manière particulière : la vie de Petipa serait vue, sentie et relatée non par l'auteur mais par une ballerine, pas une " prima ballerina " mais une petite ballerine en demi-teinte. Cette narratrice serait un personnage imaginé par moi qui retournerait en France comme grand nombre de ballerines à l'époque attirées par Diaghilev et les ballets russes, pour y enseigner et continuer les leçons qu'elle avait reçu de Petipa. Un joli retour des choses. Et puis, un autre élément m'a décidé peut-être plus secrètement : ma sour aînée était une ballerine qui dansait dans une troupe en France. Cette troupe est partie aux Etats-Unis. Elle y a fondé une école de danse. Ma mémoire avait donc un modèle concret pour inventer ce personnage. Ce sont donc tous ces éléments combinés qui ont nourri et suscité l'idée de ce dernier roman.


Le Club : Comment faites-vous pour donner vie à des personnages historiques?

Henri Troyat : Il faut lire les mémoires de l'époque et se mettre à la place des personnages que l'on veut peindre en imaginant leurs réactions, leurs sentiments, leurs espoirs, leurs déceptions, c'est le rôle du romancier ! Mais cela doit pouvoir être aussi celui du biographe qui doit se mettre à la place du personnage dont il reconstitue la vie pour lui donner plus de chaleur. C'est aussi une combinaison de beaucoup d'imagination avec des faits réels. Dans " la ballerine de Saint-Petersbourg " tout ce qui a trait à la vie du Maître de ballet Marius Petipa est rigoureusement exact, en revanche Ludmilla, le personnage principal, la ballerine choisie parmi les nombreuses ballerines qui l'entouraient, est totalement imaginaire.


Le Club : Combien de temps avez-vous mis pour écrire cette biographie?

Henri Troyat : Ce n'est pas une biographie mais un roman qui met en scène quelques personnages historiques. J'ai passé quatre mois à l'écrire mais je ne compte pas tous le temps passé à prendre des notes, à rêver , à laisser mûrir le projet , à le lâcher, le reprendre.


Le Club : Actuellement, alors que paraît La ballerine de Saint-Petersbourg, travaillez-vous sur un autre projet et quel est votre prochain thème?

Henri Troyat : Mon prochain projet est une biographie. Je travaille sur la vie de Nicolas 1er , personnage mâle et singulier que l'on surnommait Nicolas le " passe-bonheur " parce qu'il était violent et cruel. Et sous cette violence se posent beaucoup de questions et d'hésitations. Un personnage complexe donc très intéressant.


Le Club : Connaissant vos origines russes, quel est votre rapport avec la Russie?

Henri Troyat : Comme mes parents fuyaient les bolcheviques, je suis arrivé en France à l'âge de 8 ans . Je suis allé au lycée francais j'ai donc été plongé en pleine France dés le plus jeune âge. A la maison, mes parents parlaient russes, mangeaient russe, vivaient russe et rencontraient toute une série de problèmes d'immigrés russes ce qui fait que je me suis retrouvé très jeune à cheval entre deux cultures et c'est grâce à cela que j'ai pu me forger une sorte de Russie intérieure dans laquelle j'aime à me promener de temps à autre...


 

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