Le Club : Comment vous est venue
l'idée de votre dernier roman La ballerine de Saint-Petersbourg?
Henri Troyat : Il y avait longtemps que j'avais envie d'illustrer
cette sorte de rencontre intellectuelle et artistique entre le
France et la Russie, en fait plusieurs raisons se sont enchevêtrées.
J'avais lu beaucoup de documents sur un maître de ballet français,
Marius Petitpa qui, parti de Marseille à la fin du 19ème siècle,
avait fondé la danse classique en Russie et avait contribué là-bas
à l'effort de la danse. Cela m'avait frappé. J'étais d'autre part
intéressé par l'idée d'écrire la vie de cet homme. Aussi il me
semblait plus approprié que cette biographie prenne vie d'une
manière particulière : la vie de Petipa serait vue, sentie et
relatée non par l'auteur mais par une ballerine, pas une " prima
ballerina " mais une petite ballerine en demi-teinte. Cette narratrice
serait un personnage imaginé par moi qui retournerait en France
comme grand nombre de ballerines à l'époque attirées par Diaghilev
et les ballets russes, pour y enseigner et continuer les leçons
qu'elle avait reçu de Petipa. Un joli retour des choses. Et puis,
un autre élément m'a décidé peut-être plus secrètement : ma sour
aînée était une ballerine qui dansait dans une troupe en France.
Cette troupe est partie aux Etats-Unis. Elle y a fondé une école
de danse. Ma mémoire avait donc un modèle concret pour inventer
ce personnage. Ce sont donc tous ces éléments combinés qui ont
nourri et suscité l'idée de ce dernier roman.
Le Club : Comment
faites-vous pour donner vie à des personnages historiques?
Henri Troyat : Il faut lire les mémoires de l'époque
et se mettre à la place des personnages que l'on veut peindre
en imaginant leurs réactions, leurs sentiments, leurs espoirs,
leurs déceptions, c'est le rôle du romancier ! Mais cela doit
pouvoir être aussi celui du biographe qui doit se mettre à la
place du personnage dont il reconstitue la vie pour lui donner
plus de chaleur. C'est aussi une combinaison de beaucoup d'imagination
avec des faits réels. Dans " la ballerine de Saint-Petersbourg
" tout ce qui a trait à la vie du Maître de ballet Marius Petipa
est rigoureusement exact, en revanche Ludmilla, le personnage
principal, la ballerine choisie parmi les nombreuses ballerines
qui l'entouraient, est totalement imaginaire.
Le Club
: Combien de temps avez-vous mis pour écrire cette biographie?
Henri Troyat : Ce n'est pas une biographie mais
un roman qui met en scène quelques personnages historiques. J'ai
passé quatre mois à l'écrire mais je ne compte pas tous le temps
passé à prendre des notes, à rêver , à laisser mûrir le projet
, à le lâcher, le reprendre.
Le Club
: Actuellement, alors que paraît La ballerine de Saint-Petersbourg,
travaillez-vous sur un autre projet et quel est votre prochain
thème?
Henri Troyat : Mon prochain projet est une biographie.
Je travaille sur la vie de Nicolas 1er , personnage mâle et singulier
que l'on surnommait Nicolas le " passe-bonheur " parce qu'il était
violent et cruel. Et sous cette violence se posent beaucoup de
questions et d'hésitations. Un personnage complexe donc très intéressant.
Le Club : Connaissant
vos origines russes, quel est votre rapport avec la Russie?
Henri Troyat : Comme mes parents fuyaient les bolcheviques,
je suis arrivé en France à l'âge de 8 ans . Je suis allé au lycée
francais j'ai donc été plongé en pleine France dés le plus jeune
âge. A la maison, mes parents parlaient russes, mangeaient russe,
vivaient russe et rencontraient toute une série de problèmes d'immigrés
russes ce qui fait que je me suis retrouvé très jeune à cheval
entre deux cultures et c'est grâce à cela que j'ai pu me forger
une sorte de Russie intérieure dans laquelle j'aime à me promener
de temps à autre...